Bonjour à tous,

Aujourd’hui, nous sommes partis à la rencontre d’un collectionneur de jeux vidéo né en 1972, la même année que PONG ou que la Odyssey de Magnavox. Il a vécu toute l’histoire des jeux vidéo en même temps qu’elle s’est faite. Nous lui avons posé quelques questions, ses réponses nous font revivre la naissance d’une culture.

Entrevue avec Renaud, collectionneur de jeux vidéo

Holdie’s : Bonjour Renaud, peux-tu nous faire une présentation personnelle ?

R : Bien évidemment. J’ai 42 ans, je travaille dans l’univers du numérique, et je suis assez sévèrement geek dans l’âme, tout en ayant eu une éducation résolument tournée vers les arts classiques, la musique en particulier. Je crois appartenir à cette génération qui a connu la culture geek, jeux vidéo, cinéma et comics quand elle était considérée comme un sous culture « débilisante » et qui vit plutôt bien le fait que sur le tard elle acquiert une certaine reconnaissance. Je n’aurais jamais cru voir un jour un film de super-héros comme Avengers devenir le plus grand carton à l’échelle mondiale.

arcade room
Les salles d’arcade dans les années 190

H : Tu as longtemps collectionné les jeux vidéo, peux tu nous dire d’où t’est venue cette passion et comment elle s’est traduite ces dernières années ?

R : Je suis pour ainsi dire né avec le jeu video puisque mon année de naissance, 1972, est celle de la creation du premier jeu vidéo grand public avec la borne d’arcade Pong! Mes premiers souvenirs du jeu video sont donc liés à des cafés ou des bornes d’arcade côtoyaient des flippers. Pour ceux qui n’ont pas connu cette époque, c’était vraiment quelque chose de rare et de particulier que le jeu vidéo. Une sorte de caviar du loisir parce que comme on payait à la partie, et que les parties étaient courtes, on ne pouvait pas jouer tout les jours. C’est l’équivalent de l’époque où il n’y avait ni magnétoscope/DVD, Blu ray et que pour voir un film, il fallait se déplacer au cinema. Les toutes premières consoles ont de ce point de vue été une revolution. On pouvait enfin jouer à volonté, et sans sortir de chez soi!

H : Quelle a été ta première console?

R : Je suis passé à côté de la toute première génération de consoles, qui étaient en noir et blanc, et étaient fournies avec un lot de jeux dérivés de Pong. Par contre, j’ai eu la chance de me raccrocher au wagon de la seconde génération, la première à être en couleur et avec des cartouches interchangeables. A l’époque, le jeu vidéo était loin d’être mainstream. Il faut se projeter dans un temps où dans la cour de l’école, on tombait au mieux sur 3 ou 4 élèves dans un collège à qui on pouvait parler jeu vidéo. Ma console était une Mattel Intellivision, concurrentte de l’Atari 2600. Une console qui avait beaucoup de qualités, supérieure à l’Atari mais comme ça a été une récurrence dans l’histoire du jeu, avoir un bon hardware n’était pas suffisant pour garantir le succès. J’ai de très bons souvenir de cette console même si les jeux ont évidemment beaucoup vieilli, avec un gameplay très répétitif.

Intellivision
Console Mattel Intellivision

H : As-tu possédé d’autres consoles par la suite ?

R : Oui, quelques années plus tard, j’ai revendu la Mattel pour acheter une CBS Colecovision, plus musclée. Une console arrivée à contre-pied sur un marché déclinant alors que les ordinateurs individuels commençaient à s’imposer. Après cette console, je me suis pour un temps moins intéressé au jeu et j’ai complètement raté le réveil des consoles et leur consécration grand public avec la NES et la Master System. Ce n’est que lorsque la Super Nintendo est sorti que je m’y suis remis, et à ce jour, la Super Nintendo reste ma  console préférée.

Considérations vidéoludiques…

H : Qu’est ce qui fait que tu préfères cette console aux autres ?

R : Historiquement, cette console se situe à un point clé de l’histoire du jeu vidéo. Depuis les touts premiers jeux, les concepteurs se heurtaient au fait que les limites du hardware ne permettaient pas de représenter de façon réaliste ce qu’ils mettaient en scène. Ils n’avaient qu’une poignée de pixels à leur disposition pour créer des sprites qui devait créer un univers cohérent et transmettre tout autant d’informations que d’émotions aux joueurs. Le design de Space Invaders, Donkey Kong ou Pac-Man par exemple, est épuré à l’extrême et pourtant d’une efficacité parfaite. Une capture d’écran suffit à comprendre les enjeux narratifs qui servent de prétexte au jeu. Le design sonore était aussi frugal puisqu’il fallait réussir à évoquer différents messages avec quelques bips. Avec les consoles 8bits comme la NES, les développeurs ont pu sortir des contraintes des jeux avec peu de tableaux pour peindre des univers plus complexes comme celui de Super Mario avec de nombreuses scènes.

La Super Nintendo, est l’aboutissement de cette période du jeu vidéo. Le Hardware devient suffisamment puissant pour que les images et les sons sortent du domaine du symbole pour se rapprocher de celui de la représentation. Il suffit de voir les détails des personnages dans Street Fighter II ou Batman Returns qui étaient du jamais vu sur une console de salon. Mais il reste toujours une lourde contrainte pour le développeur car le manque de mémoire et de puissance ne lui donne toujours pas le luxe de créer une copie carbone de l’environnement réel. Et il faut redoubler de créativité, se creuser la tête pour arriver malgré tout à impliquer le joueur, particulièrement sur le plan émotionnel.

Fondamentalement, ce qui est le plus important dans toute cette tranche de l’histoire du jeu vidéo, c’est la sollicitation permanente de l’imagination du joueur qui va extrapoler tout ce qui est à l’écran puisque la représentation à l’identique du réel n’est pas possible. Dès que la Playstation est arrivée, les règles du jeu ont changé. Avec l’arrivée de la 3D en temps réel, l’objectif n’était plus de faire carburer l’imagination du gamer avec un design évocateur, mais de lui offrir la simulation d’un univers tangible.

H : Penses-tu que le jeu vidéo ait perdu à vouloir à tout prix reproduire le réel ?

R : C’est une question difficile… A très court terme, un jeu vidéo en 3D réaliste offre une immersion incomparable. La première fois qu’on joue à Splinter Cell ou Assassin’s Creed, on se sent vraiment transporté dans un autre monde. Le problème c’est que la notion de réalisme est éphémère, car notre perception d’un jeu réaliste évolue en même temps que les possibilités du hardware. Quand le premier Tomb Raider est sorti, c’était une révolution. On avait à ma connaissance jamais vu une reproduction aussi fidèle d’un environnement en 3D, et c’était vraiment prenant. Mais rejouer à Tomb Raider aujourd’hui, ou à n’importe quel jeu en 3D de la première génération est un calvaire : personnages raides, polygones grossiers, textures sommaires…

Tomb Raider sur PS1
Tomb Raider sur PS1

Ce qui paraissait véridique hier est aujourd’hui trop basique par rapport à nos standards pour que l’on puisse vraiment s’immerger dedans. Et c’est ça qui est vraiment fascinant. La majorité des jeux des consoles 16 bits, en 2D et avec des compromis de tous les côtés par manque de puissance ont mieux vieilli que la génération suivante parce qu’au lieu de chercher à tout prix à émuler le réel, ils reposaient sur un univers qui ne faisait que s’y référer tout en gardant une identité et une logique propre. C’est ce qui fait que beaucoup de jeux 8bit/16bit ont réussi l’exploit de devenir des icônes de la culture pop, au point que l’on voit des pochoirs des aliens de Space Invaders à tous les coins de rue. C’est incroyable de se dire que des développeurs qui voulaient juste arriver à mettre au point un jeu qui se tienne, ont sans le vouloir contribué à créer un style graphique à la fois totalement lié à son époque, et en même temps intemporel.

C’est peut-être un peu exagéré mais je pense que le pixel art est un style qui tout en restant indélébilement lié à son époque, sera aussi légitime que l’art déco.

space invader paris
Space Invader Avenue de la Motte Picquet

H : Est-ce à dire que les jeux réalistes ont tous vocation à être dépassés un jour ?

R : C’est probable. J’ai toujours le même plaisir à brancher Super Probotector, un des meilleurs shoot’em up de tous les temps qui n’a pas pris une ride, alors que rejouer à Indiana Jones sur XBOX est un vrai calvaire parce qu’il a incroyablement mal vieilli graphiquement. Et malheureusement, ça sera la même chose avec la série des Batman Arkham sur XBOX 360, qui ont été mes jeux préférés de ces dernières années. Mais une fois passé sur la prochaine génération de jeux, il sera dur de revenir en arrière.

H : Pour revenir à ton historique des consoles, malgré les critiques que tu émets sur les jeux 3D, as-tu possédé d’autres consoles après la Super Nintendo ?

R : Oui évidemment. Je ne dis pas que je n’aime pas les jeux en 3D, je remarque juste, et j’en suis le premier stupéfait, que leur obsolescence est largement supérieure à celle des « retro-games », alors j’essaie de comprendre pourquoi. Mais en pratique, j’ai possédé un bon nombre de consoles qui sont sorties après la Super Nintendo : Playstation 1 et 2, Dreamcast, Game Cube, Xbox et Xbox 360, sans compter quelques consoles portables. Et il est probable que je continue à « incrémenter » avec la XBOX One.

Retour sur ta collection

H : Comment en es-tu venu à collectionner, et sur quelles consoles as-tu jeté ton dévolu ?

R : Je repense avec horreur que j’ai jeté ma CBS colecovision en boite lors d’un déménagement au milieu des années 90, et qui aurait été une très belle pièce de ma collection…  Quelques années plus tard, ma collection s’est articulée autour de la Super Nintendo. Je l’avais toujours gardée avec quelques jeux fétiches, et j’ai commencé au début des années 2000 à écumer les boutiques d’occasion pour essayer de trouver de beaux jeux encore complets, en boite. Il y avait cette prise de conscience, comme ça a été le cas avec les vinyles que je collectionne aussi qu’au delà de la nostalgie pure, il y avait une notion de protection de patrimoine à chercher à préserver ces jeux, qui allaient devenir de plus en plus difficile à trouver dans un état proche de l’original. Surtout dans le cas des jeux nintendo, avec leur boite en carton très fragile. Dans la foulée, j’ai aussi déniché une console en boite. Assez logiquement, je me suis dirigé vers la Mégadrive par la suite, et j’étais lancé….

console cbs colecovision
console cbs colecovision

H : Quelle est actuellement la plus belle pièce de ta collection ? 

R : C’est vraiment difficile à dire… Il y a deux niveaux de lecture à la question. On peut y répondre de façon objective, c’est à dire en fonction de la cote. Et dans ce cas, un Comix Zone sur Mégadrive, encore scellé serait ma pièce la plus rare et la plus valable. Mais d’un point de vue plus sentimental, ça n’est pas forcément la pièce qui me parle le plus. Par contre j’ai un Super Star Wars et Super Empire Strike Back sous Super Nintendo encore scellés. La côte est moins élevée mais ce sont des jeux qui ont vraiment compté pour moi.

H : Y a-t-il une pièce, un Graal que tu as toujours recherché sans jamais le trouver ? 

R : Je dirais une console Atari 2600 en boite dans un état très proche du neuf. Celles que j’ai vues étaient au mieux dans un état correct étant donné que la console a maintenant plus de 30 ans.

H : Aujourd’hui tu as décidé de te séparer de ta collection, peux tu nous expliquer tes raisons si elles ne sont pas indiscrètes ? 

R : Bien évidemment. C’est une question de place et de sens. Les disques vinyles prennent déjà pas mal de place et progressivement, je me suis retrouvé à stocker les jeux dans des cartons. Et je me suis récemment fait la réflexion que certains n’avaient pas vu la lueur du jour depuis des années. Et j’ai fini par me dire qu’il était temps de passer le relai. C’est un peu dommage d’avoir tout ces jeux qui en plus de servir ne sont même pas exposés.

H : Pourquoi avoir choisi Holdie’s pour revendre ta collection ? 

R : J’ai déjà vendu la Super Nintendo avec un pack de jeu sur Holdie’s. C’est assez rare de trouver un pack console en boite + jeux en box en très bon état et je pense que le nouveau propriétaire en prendra autant soin que moi. Ce qui est plaisant sur Holdie’s c’est que c’est une plateforme qui s’adresse spécifiquement aux collectionneurs avec un focus sur la qualité. Il n’y a pas l’aspect « vide grenier » qu’on trouve sur les autres sites marchands.

Super-Nintendo - 1

H : Y a-t-il une (ou des) pièce(s) fétiche(s) que tu vas garder et pourquoi celle(s)-ci ?

R : Oui, et ça s’est fait de façon spontanée, voire épidermique. J’avais décidé de garder initialement uniquement une Super Nintendo sans boite et mes quelques jeux fétiches, dont les fameux Star Wars. Mais en référençant ma collection, je me suis aperçu que je n’arrivais pas à me séparer des jeux Star Wars vintage sur d’autres plateformes. Je garde donc une micro-collection Star Wars rétrogaming avec un peu toutes les plateformes : Nes, Megadrive, Supernes, Game Boy, N64, Playstation, PC. C’est moins volumineux et ça permet au travers d’une licence de balayer 15 ans d’histoire du jeu vidéo

H : As-tu d’autres collections ? 

R : Oui, les disques vinyles dont j’ai parlé. Mais c’est une collection qui reste très vivante car je les écoute souvent. Ce qui est magique avec le disque vinyle c’est que bien entretenu, il sonne aussi bien qu’au premier jour alors que sur le papier, c’est une technologie totalement obsolète. Quand je passe un vinyle à des invités en aveugle, on me dit en général quelque chose comme « Wow, tes enceintes sonnent vraiment bien ! ». Alors que si je passais une cassette VHS, même avec une bonne dose de nostalgie, il faudrait être très motivé pour supporter de voir un film en entier comme ça.

H : Merci d’avoir répondu à nos questions et bonne continuation !

 

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